Ancien athlète de haut niveau, vice-président de la Fédération ivoirienne d’athlétisme Serge Doh appelle à une profonde transformation du sport africain. Dans une interview, il préconise un modèle fondé sur la professionnalisation, la digitalisation, la formation des athlètes et une plus grande implication du secteur privé. Selon lui, «le sport africain doit devenir une véritable industrie économique.»
Le sport africain doit changer de dimension. C’est la conviction de Serge Doh, spécialiste de l’économie sportive, qui estime que le continent doit sortir d’un modèle essentiellement basé sur les performances individuelles et les financements publics pour construire une véritable industrie sportive. « Le sport africain a beaucoup plus besoin d’un système bien élaboré, avec des ambitions mesurables qui s’appuient sur des données technologiques, une stratégie et un plan d’action », affirme-t-il.
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Pour lui, le développement du sport passe désormais par une approche économique structurée, capable de générer des revenus et de créer des opportunités durables. Fort de son expérience d’ancien champion d’Afrique du lancer de disque, Serge Doh considère que le passage du sport de haut niveau au monde des affaires constitue une évolution naturelle. « La gestion de la carrière d’un sportif est à l’image du management d’une entreprise », explique-t-il.
Selon lui, un athlète doit apprendre à gérer sa carrière comme un véritable patrimoine. Cela implique une anticipation dès les premières années d’activité et un accompagnement adapté dans les domaines sportif, médical, financier et managérial. « Le sportif doit se faire entourer par des personnes qui ont les qualités qu’il n’a pas. C’est la complémentarité des compétences qui garantit le succès de sa carrière et de son après-carrière », souligne-t-il.
Serge Doh met également l’accent sur la nécessité pour les athlètes africains de développer une meilleure culture financière. Il estime que beaucoup de sportifs ne préparent pas suffisamment leur avenir, malgré la courte durée d’une carrière professionnelle. « Un sportif est le PDG de sa carrière. Sans organisation et privé d’épargne, il court à sa faillite », avertit-il.
Pour lui, la réussite repose sur trois principes fondamentaux : gagner de l’argent, épargner et investir. Une démarche qui permettrait aux athlètes de mieux gérer leur reconversion et de sécuriser leur avenir après la compétition.
Pour Serge Doh, le défi majeur du sport africain n’est pas seulement financier. Il réside surtout dans l’absence d’un véritable modèle économique. « Arrêtons de vivre exclusivement de subventions. Il est urgent de construire une industrie sportive », insiste-t-il.
Le vice-président de la Fédération ivoirienne d’athlétisme appelle à renforcer les partenariats public-privé, à encourager les investissements privés, à moderniser la gouvernance des clubs et des fédérations et à développer de nouveaux mécanismes de financement.
Il regrette par ailleurs les déséquilibres entre disciplines sportives. « Le football bénéficie souvent de plus grandes ressources, alors que l’athlétisme rapporte énormément de médailles dans les grandes compétitions internationales », rappelle-t-il.
Pour Serge Doh, la révolution numérique représente une opportunité majeure pour le sport africain. « La quatrième révolution industrielle est digitale, et le sport africain ne doit pas manquer le coche », affirme-t-il.
Il encourage ainsi le développement de la sportech, à travers l’utilisation des données, de l’intelligence artificielle et des solutions numériques pour améliorer les performances sportives et professionnaliser la gestion des structures.
Les stades intelligents, la billetterie numérique, les solutions de paiement innovantes et l’amélioration de l’expérience des supporters constituent, selon lui, de nouveaux leviers économiques à exploiter.
Serge Doh considère la jeunesse africaine comme la principale richesse du continent. Toutefois, il estime que les talents sportifs restent encore insuffisamment valorisés. « Nous avons la matière première dont le sport a besoin : l’être humain. Il faut identifier les talents, les accompagner et leur donner les conditions nécessaires pour réussir », soutient-il.
Il cite notamment le modèle américain des compétitions scolaires et universitaires, qui permet de détecter et de développer de futurs champions grâce à un système organisé.
Pour Serge Doh, les anciens athlètes doivent contribuer davantage à la transformation du sport africain. Au-delà du rôle d’ambassadeurs, ils doivent devenir des investisseurs, des entrepreneurs et des acteurs majeurs de construction d’écosystèmes sportifs. « Ils ont la connaissance du milieu et l’expérience du terrain. Leur contribution peut rassurer les investisseurs et accompagner les jeunes générations », explique-t-il.
Il cite notamment l’impact de personnalités comme Didier Drogba sur le rayonnement international de la Côte d’Ivoire, ainsi que les initiatives de Murielle Ahouré et Salomon Kalou en faveur de l’accompagnement des jeunes talents.
En conclusion, Serge Doh appelle à un changement de regard sur le sport africain. Pour lui, le sport ne doit plus être perçu comme un simple divertissement, mais comme un secteur capable de créer des emplois, d’attirer des investissements et de contribuer au développement économique des pays africains. « L’avenir du sport africain dépendra de sa capacité à se structurer, à innover et à bâtir une véritable industrie autour de ses talents », conclut-il.
Lucien kouaho (stagiaire)
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