Le pape Léon XIV a marqué les esprits avec une déclaration historique contenue dans sa première grande encyclique intitulée Magnifica Humanitas (« L’humanité magnifique »). Dans ce texte consacré notamment aux défis liés à l’intelligence artificielle et à la préservation de l’humanité à l’ère numérique, le souverain pontife a reconnu la responsabilité de l’Église catholique dans la légitimation de l’esclavage durant plusieurs siècles.
Publié ce lundi 25 mai, ce document de 45 000 mots aborde les conséquences de la révolution numérique, les nouvelles formes d’exploitation humaine ainsi que les dangers liés au développement incontrôlé des technologies. Mais c’est surtout le passage consacré à l’histoire de l’esclavage qui retient l’attention de l’opinion internationale.
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Au paragraphe 176 de l’encyclique, Léon XIV reconnaît ouvertement les lenteurs de l’institution catholique dans la condamnation de la traite négrière et de l’asservissement des peuples.
« Nous ne pouvons nier, ni minimiser le retard avec lequel l’Église et la société ont condamné le fléau de l’esclavage », écrit-il avant de déclarer solennellement : « Pour cela, au nom de l’Église, je demande sincèrement pardon. »
Le pape évoque également le rôle joué par certains pontifes du passé qui avaient accordé aux souverains européens le droit de soumettre et d’asservir les peuples considérés comme « infidèles ». Une reconnaissance rare et particulièrement forte de la part du Vatican.
Dans son texte, le chef de l’Église catholique affirme que l’institution religieuse a « longtemps toléré l’esclavage avant de le condamner de manière absolue », qualifiant cette période sombre de « blessure dans la mémoire chrétienne ».
Le souverain pontife souligne par ailleurs l’immense souffrance infligée à des millions d’êtres humains durant des siècles. « Il est inévitable d’éprouver une profonde douleur en considérant l’énorme souffrance et l’humiliation que l’esclavage a signifiées pour tant de personnes », écrit-il.
Cette prise de position rappelle les gestes de repentance effectués par le pape Jean-Paul II dans les années 1980 et 1990. En 1985 au Cameroun puis en 1992 sur l’île de Gorée, au Sénégal, celui-ci avait déjà présenté des excuses pour la traite négrière. Toutefois, plusieurs historiens avaient relevé que ces excuses visaient surtout les fidèles impliqués dans le commerce triangulaire et non directement l’Église en tant qu’institution.
Avec Magnifica Humanitas, Léon XIV franchit ainsi une nouvelle étape en reconnaissant explicitement la responsabilité institutionnelle de l’Église catholique dans cette page douloureuse de l’histoire humaine.
Au-delà de la mémoire historique, le pape établit également un parallèle avec le monde contemporain. Il met en garde contre les nouvelles formes d’exploitation humaine liées au numérique, notamment les conditions de travail autour de l’extraction des minerais rares indispensables à l’industrie de l’intelligence artificielle, qu’il assimile à des formes modernes de colonialisme et d’esclavage.
Lucien Kouaho (stagiaire)
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