Le Djidji Ayokwé, bien culturel ivoirien arraché par le colon français en 1916, est arrivé ce vendredi 13 mars 2026 matin à Abidjan. Un retour très attendu, puisque la Côte d’Ivoire a officiellement demandé sa restitution en 2019. À en croire le journaliste-écrivain Venance Konan, ce retour doit marquer le début de notre renaissance culturelle.
Le symbole du Djidji Ayôkwé
Chers lecteurs, réjouissez-vous, car j’ai des bonnes nouvelles à vous annoncer. La première est que le Djidji Ayôkwé, ce tambour sacré des Atchans emporté par les colons en 1916 revient dans son pays ce matin. La seconde est que le Musée des civilisations de Côte d’Ivoire (MCCI) qui va l’accueillir a été rénové et a mis ses habits des jours de fête pour recevoir son illustre hôte. Ce tambour était destiné, dans le passé, à transmettre des indications ou des ordres à tous les villages atchans.
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Une petite polémique avait failli naître sur son authenticité, puisque des images d’un autre tambour semblable avaient été publiées il y a peu. Mais il apparait, selon les dires des sachants et les textes laissés par les colons eux-mêmes, qu’il y avait bien un Djidji Ayôkwé, celui que les Atchans vénèrent, et qui est bien celui qui revient aujourd’hui, qui était accompagné dans chaque village de tambours relais qui lui ressemblaient, mais qui n’avaient pas son caractère sacré.
Pour moi, le retour du Djidji Ayôkwé et la rénovation du MCCI marquent deux symboles forts : le début de l’appropriation de nos cultures, et la volonté de les faire connaître. Pendant longtemps, sous les coups de boutoir de « l’œuvre civilisatrice » de la colonisation et des religions qui nous furent imposées, nous avions cru que l’Africain moderne était celui qui avait rejeté tout ce qu’il y avait d’Africain en lui. Certains étaient allés jusqu’à tenter de changer la texture de leurs cheveux et la couleur de leurs peaux.
Mais le constat est là : quels que soient les efforts que nous ferons, quels que soient nos connaissances de la bible ou du coran, nous ne serons jamais des Blancs ou des Arabes. Et plus nous chercherons à être comme eux, plus nous serons ridicules et méprisés par eux. Or, si nous ouvrons un tout petit peu les yeux autour de nous et arrêtons de nous mépriser nous-mêmes, nous découvrirons que notre culture est si riche et si dynamique qu’elle a fécondé bien d’autres autour d’elle, y compris, ou peut-être même surtout, celle de ceux qui nous ont dominés.
Et si nous tournons nos regards vers l’intérieur de nous-mêmes, vers l’intérieur de nos cultures, nous réaliserons que nous ne pouvons pas être les éternels consommateurs de ce que les autres produisent, mais que nous pouvons nous aussi apporter beaucoup à l’humanité.
En rénovant le Musée des civilisations de Côte d’Ivoire, le ministère de la culture va le rendre plus attractif et plus accessible. Pendant longtemps nous avions intégré que les musées n’étaient pas une affaire d’Africains. Et il est vrai qu’ils n’étaient pas nombreux, les Africains qui, en Europe ou ailleurs, faisaient de la visite des musées leurs priorités. Et peu d’entre nous avaient déjà mis les pieds dans notre MCCI.
Peut-être parce que nous y retrouvions des objets que nous rencontrions tous les jours dans nos quotidiens ou peut-être parce que le cadre du MCCI n’était pas particulièrement attrayant. Mais ce que l’on constate depuis quelque temps est qu’il y a une nouvelle génération d’Ivoiriens, nos enfants ou petits-enfants, nés ici ou à l’étranger, qui sont frustrés de ne pas connaitre leurs racines lorsqu’ils sont en compagnie d’autres jeunes de leur âge qui affichent leur africanité avec fierté.
Le retour du Djidji Ayôkwé, doit marquer le début de notre renaissance culturelle. Oublier la dimension culturelle dans notre marche vers l’émergence économique serait une grave erreur. Nous ne réalisons peut-être pas que la domination des Etats Unis sur le reste du monde est avant tout culturelle.
A travers sa langue, sa musique, son cinéma, ses vêtements (qui n’a pas son pantalon en jeans ?), sa nourriture (Coca Cola, MC Donald’s, et autres KFC), ses voitures, ses motos (qui n’a pas rêvé d’une Harley Davidson ?), sa religion (les églises du réveil et autres), etc. Dans une précédente chronique j’avais demandé aux musulmans et chrétiens ivoiriens s’ils réalisaient combien ils enrichissaient des villes comme la Mecque, Rome, Jérusalem ou Lourdes. Réfléchissez-y.
Je terminerai en vous donnant deux autres bonnes nouvelles. On ne m’a pas envoyé, mais je ne peux résister au plaisir du pkapkatoya. Un très grand musée est en construction à Cocody, qui intégrera objets traditionnels et art moderne. Et une centaine d’autres objets partis en France pendant la colonisation vont suivre le Djidji Ayôkwé.
Venance Konan
NDLR : Le titre et l’introduction sont de la rédaction

























