Le journaliste et écrivain ivoirien Venance Konan ancien directeur général du groupe de presse Fraternité Matin a dit qu’en Côte d’Ivoire nous sommes pour le moment à la recherche de l’argent en vitesse. Pour lui, ce qui ne nous enrichit pas immédiatement ne nous intéresse pas encore.
Restitution
En principe tout est fin prêt pour le retour au pays du Djidji Ayôkwé, le tambour sacré des Atchans emporté par les colons français au début du siècle dernier. C’est le premier objet artistique ou cultuel ivoirien emporté par les colons qui revient au pays depuis nos indépendances. C’est depuis 2020 qu’une loi française permet le retour de ces objets dans les pays africains d’où ils avaient été enlevés pendant la colonisation. Auparavant, la loi française disposait que les œuvres d’art qui se trouvaient dans les musées français étaient inaliénables. On estime qu’il y aurait plus de 90000 objets culturels africains emportés en France, dont les 2/3 se trouveraient au musée du quai Branly à Paris.
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Les autres pays européens, anciennes puissances coloniales tels que la Belgique, la Grande-Bretagne ou l’Allemagne possèdent eux aussi des milliers d’objets culturels africains. La restitution a commencé à se faire, mais vraiment au compte-goutte. Ainsi le Bénin a reçu seulement 21 objets, la Côte d’Ivoire un seul et la Sénégal un seul aussi, à savoir le sabre d’El Hadj Omar Tall.
Il y a quelques jours j’ai suivi un débat à la télévision où quelqu’un a demandé si nous avions vraiment envie de voir ces œuvres revenir chez nous. Parce que depuis notre indépendance, nous n’avions pas montré beaucoup de désir de récupérer ces objets. Et puis lorsque nous voyons la fréquentation de notre unique musée des civilisations, on ne peut pas dire que ce qui s’y trouve nous intéresse particulièrement.
On pourrait aussi s’interroger sur la manière dont ces objets ont quitté nos pays. Si une bonne partie fut pillée, volée et emportée de force, nous devons avouer qu’une autre partie fut offerte pour faire plaisir au maître ou bradée par cupidité. D’autres objets furent emportés pour les sauver de la destruction.

Dans les années 2000, je me souviens d’une œuvre de Christian Lattier qui trainait par terre dans l’arrière-cour du palais de la culture. N’importe qui aurait pu venir la ramasser pour l’emporter et personne ne se serait plaint. Il faut dire que la colonisation et son instrument majeur qu’est la religion chrétienne, auquel s’est ajouté l’islam, nous avaient appris à détester ces objets que nous trouvions démoniaques, parce qu’issus de notre culture.
Combien d’œuvres culturelles ou cultuelles n’avons-nous pas détruites nous-mêmes sur injonction de « prophètes » ou d’imams ? Dans les premiers temps de l’indépendance, nous devions démontrer que nous étions « civilisés ». Ce qui voulait dire que nous avions tourné le dos aux religions africaines et à tout ce qui nous rattachait à nos cultures ancestrales qualifiées de fétichistes. C’est à cette époque que les « évolués » ont commencé à porter des costumes pour aller au champ. Et qu’un certain chanteur continue aujourd’hui d’aller à la plage en costume trois pièces.
Mais les choses ont évolué et les nouvelles générations voient les choses différemment. J’étais au Bénin lorsque les 21 objets restitués par la France sont arrivés. Ils avaient été exposés au palais présidentiel. Et ce sont des milliers de personnes, parmi lesquelles de très jeunes enfants, qui ont fait la queue pour aller les voir. Et j’ai suivi des reportages dans lesquels ces jeunes gens exprimaient leur fierté de retrouver leurs racines. Il faut dire au crédit du Bénin que ce pays a depuis quelques années fait de l’appropriation de sa culture et de son histoire un …
France : Le tambour parleur Djidji Ayôkwé s’apprête à regagner la Côte d’Ivoire – allbuzzafrica



























