Après plus d’un siècle passé hors de son territoire d’origine, le tambour parleur sacré Djidji Ayokwè est de retour en Côte d’Ivoire. L’objet emblématique du peuple Atchan est arrivé ce vendredi 13 mars 2026 à Abidjan, où une cérémonie officielle d’accueil a été organisée à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny, marquant une étape historique dans la restitution du patrimoine culturel ivoirien.
Arraché à son peuple en 1916 durant la période coloniale, le Djidji Ayokwè avait été transféré en France avant d’être déposé en 1930 au Musée du Trocadéro. Pendant plus de 110 ans, ce tambour sacré, symbole spirituel et social majeur du peuple Ébrié (Atchan), est resté loin de la terre de ses ancêtres. Son retour est aujourd’hui perçu comme un moment de réparation historique et de réappropriation culturelle.
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Plusieurs personnalités étaient présentes ce jour à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny de Port-Bouët pour l’acceuil du Djidji Ayokwè.
Avant son rapatriement, une cérémonie de libation conduite par les chefs Bidjans s’est tenue le lundi 23 février 2026 au Musée du Quai Branly Jacques Chirac, à Paris. Cette étape symbolique, organisée à l’initiative de la ministre ivoirienne de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a rassemblé plusieurs personnalités diplomatiques, politiques et culturelles.
Parmi les invités figuraient l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, Maurice Bandaman, des représentants du ministère français de la Culture, ainsi que l’ambassade de Côte d’Ivoire auprès de l’UNESCO dirigée par Ly Ramata Bakayoko. Des sénateurs français et ivoiriens, des diplomates, des acteurs culturels et une importante délégation de la diaspora ivoirienne ont également pris part à cette rencontre empreinte d’émotion et de mémoire.
Prenant la parole au nom des chefs Bidjans, le notable Jacques Gouedan a rappelé la portée spirituelle de cet instrument sacré. « Le Djidji Ayokwè qui nous a été arraché en 1916 puis déposé au Musée du Trocadéro en 1930 pendant la colonisation est celui qui va revenir sur ses terres. Certains étudiants l’ont vu en 1972. Il est important que le respect soit de mise », a-t-il déclaré, soulignant la dimension historique et symbolique de cette restitution.
Au nom du Président de la République, Alassane Ouattara, du gouvernement ivoirien et de la communauté Atchan, la ministre Françoise Remarck a exprimé sa reconnaissance aux autorités françaises pour la qualité du dialogue ayant conduit à cette restitution. Elle a notamment salué l’engagement du président français Emmanuel Macron, ainsi que le travail conjoint des équipes techniques, scientifiques, conservateurs et experts des deux pays.
Pour la ministre, ce retour illustre la solidité du partenariat culturel entre la Côte d’Ivoire et la France, fondé sur le respect mutuel et la valorisation du patrimoine.
Dans la même dynamique, l’État ivoirien poursuit ses démarches pour la restitution d’autres biens culturels figurant sur une liste officielle. Les discussions engagées avec plusieurs partenaires internationaux laissent entrevoir des avancées importantes dans la récupération de ce patrimoine historique longtemps conservé hors du territoire ivoirien.
Avec l’arrivée du Djidji Ayokwè à Abidjan, c’est donc une page importante de l’histoire culturelle ivoirienne qui se tourne, marquant le retour d’un symbole fort de mémoire, d’identité et de dignité pour le peuple Atchan.
Lucien Kouaho (stagiaire)
























