En Ouganda, une affaire judiciaire suscite une vive controverse au sein de l’opinion publique et des organisations de défense des droits humains. Un étudiant de 23 ans, Elson Tumwine, a été condamné à deux mois de prison, lundi 4 août 2026, pour avoir publié une vidéo sur la plateforme TikTok jugée offensante envers le président Yoweri Museveni.
L’affaire remonte au 8 juin 2025, date à laquelle le jeune étudiant en agriculture, inscrit à l’Université de Makerere, disparaît alors qu’il effectuait un stage dans l’ouest du pays. Sa disparition avait rapidement suscité l’inquiétude, poussant son établissement à lancer un appel à témoins. Plusieurs figures de l’opposition ainsi que des défenseurs des droits de l’homme avaient alors évoqué un possible enlèvement.
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Selon les informations disponibles, cette disparition serait liée à une vidéo publiée deux mois plus tôt sur TikTok. Dans ce contenu devenu viral, des propos critiques à l’égard du chef de l’État auraient été relayés, bien que les autorités affirment que la séquence aurait été manipulée. On y apercevrait notamment Anita Among semblant tenir des propos hostiles envers le président Museveni.
Ce n’est que mi-juillet que l’étudiant refait surface, dans un commissariat de police à Entebbe, en périphérie de Kampala. Il est alors inculpé pour « communication offensante » et « mauvais usage de l’informatique », sur la base de la loi controversée sur l’utilisation abusive des technologies informatiques, adoptée en 2022.
Cette législation, connue sous le nom de Computer Misuse Act, est vivement critiquée par des juristes et des organisations de la société civile. Plusieurs recours ont été introduits devant la Cour constitutionnelle pour contester sa validité, ses détracteurs estimant qu’elle porte atteinte à la liberté d’expression et sert à réprimer la dissidence en ligne, notamment à l’approche des échéances électorales.
« Il est totalement absurde qu’un magistrat condamne quelqu’un en vertu d’une loi actuellement contestée », a dénoncé l’avocat des droits humains Kato Tumusiime. Selon lui, cette loi est « trop vague, partiale » et constitue « un outil de répression pour museler le droit du peuple à s’exprimer ».
Ce dossier n’est pas isolé. Elson Tumwine devient le sixième utilisateur de TikTok condamné en quelques mois pour des contenus jugés offensants envers le président ou sa famille. Une situation qui alimente les inquiétudes quant à l’état des libertés publiques en Ouganda, où la frontière entre régulation numérique et restriction des opinions semble de plus en plus floue.
Lucien Kouaho (stagiaire)
























