Le débat sur la rémunération des acteurs et actrices après le succès d’une série télévisée refait régulièrement surface dans le paysage audiovisuel ivoirien. Invité à se prononcer sur la question, Franck Vléhi, producteur de la série à succès Les Nounous, tranche sans détour : selon lui, évoquer un « mauvais traitement financier » après coup relève d’un faux débat. Pour le réalisateur, tout se joue en amont, bien avant que le public ne s’approprie l’œuvre.
Pour Franck Vléhi, la réalité contractuelle est claire : les accords financiers sont conclus avant même la diffusion. Les acteurs, techniciens et membres de l’équipe signent leurs contrats et perçoivent leur rémunération pendant ou à la fin du tournage. « La série ou le film est déjà tourné, les contrats sont déjà signés, chacun a reçu sa part depuis le tournage », explique-t-il. Ainsi, lorsque la production rencontre un large succès, aucun mécanisme automatique ne prévoit de rémunération supplémentaire pour les comédiens.
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Contrairement à certains systèmes cinématographiques étrangers où les recettes en salle peuvent générer des revenus additionnels, le modèle économique local ne permet pas de redistribution après diffusion. Que la série « cartonne » ou non, le contrat initial reste la seule référence. Selon le producteur, il n’y a « même pas 5 francs » reversés à la production lorsque l’œuvre connaît un engouement particulier.
Le producteur insiste également sur une donnée souvent ignorée du grand public : la réalité des budgets. Les moyens financiers des productions ivoiriennes sont, dit-il, « très, très, très serrés ». Il invite ainsi à relativiser les critiques : « Pour dire que quelqu’un paie mal ses acteurs, il faut d’abord savoir quels moyens financiers il a réellement. » Entre la location du matériel, les salaires des techniciens, la postproduction et la promotion, les charges sont nombreuses et pèsent lourdement sur les comptes.
Ancien directeur de production, Franck Vléhi affirme avoir toujours eu une vision claire des flux financiers entrants et sortants. Cette expérience lui aurait permis de comprendre les contraintes économiques du secteur et d’éviter les polémiques. S’il reconnaît que certains acteurs peuvent ressentir de la frustration face au succès d’une œuvre qui ne se traduit pas par un gain supplémentaire, il estime que la solution passe par une meilleure compréhension du modèle économique.
Au-delà de la défense du rôle du producteur, il lance un appel : voir davantage d’acteurs et d’actrices devenir eux-mêmes producteurs. Une démarche qui, selon lui, permettrait de mieux appréhender les réalités financières et les risques liés à la création audiovisuelle. « Si tout le monde raisonnait à l’extrême, personne ne ferait de séries », prévient-il, rappelant que malgré des budgets limités, certains continuent de produire afin d’offrir des opportunités aux comédiens et aux techniciens.
En qualifiant la polémique de « faux débat », Franck Vléhi recentre ainsi la discussion sur les fondements économiques du secteur audiovisuel ivoirien. Une prise de position qui, sans clore la controverse, invite à repenser les mécanismes de financement et, peut-être, à envisager de nouveaux modèles contractuels à l’avenir.
Christ Kouassi (Stagiaire)
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