Figure pionnière de la musique africaine moderne et voix emblématique du panafricanisme des années 1970, le musicien ghanéen Ebo Taylor est décédé samedi 7 février 2026, à l’âge de 90 ans. Son parcours, intimement lié à l’histoire culturelle du Ghana post-indépendance, aura marqué plusieurs générations d’artistes à travers le continent et au-delà.
« L’amour et la mort sont des compagnons. » Ce proverbe ghanéen avait inspiré le titre de l’album Love and Death, paru en 2010, œuvre majeure qui signa la résurrection artistique d’un musicien longtemps célébré dans son pays, mais resté dans l’ombre sur la scène internationale. Ce disque permit de remettre en lumière celui qui avait accompagné, en musique, l’enthousiasme des premières années de l’indépendance ghanéenne.
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À partir de cette reconnaissance tardive, Ebo Taylor effectue un retour remarqué sur les scènes internationales. À Paris, son concert à La Bellevilloise restera gravé dans les mémoires. « J’ai pu mesurer la ferveur du public au cours des quelques centaines de concerts où j’ai eu l’honneur de jouer avec M. Taylor. Pure magie ! », confiera plus tard JJ Whitefield, fondateur du collectif Poets of Rhythm. Désormais, le musicien est cité comme l’une des icônes ultimes du highlife, genre musical qui accompagna la jeunesse de toute une nation.
Né le 7 janvier 1936 à Cape Coast, Deroy Ebow Taylor grandit dans une famille catholique où la musique occupe une place centrale. Son père, professeur à l’université et pianiste, l’initie très tôt à cet art. À 20 ans, lorsque le Ghana accède à l’indépendance, le pays vibre au son d’une musique festive et engagée, nourrie à la fois de jazz, de funk et de traditions locales.
C’est dans ce bouillonnement culturel qu’Ebo Taylor, guitariste influencé par Wes Montgomery, forge un style singulier. « Notre idée était de faire évoluer le highlife avec ce que nous entendions, notamment le funk et le nouveau jazz », expliquait-il. Une vision novatrice qui fera de lui l’un des architectes majeurs de la musique ghanéenne contemporaine.
Avec la disparition d’Ebo Taylor, le Ghana et l’Afrique perdent un bâtisseur sonore, dont l’œuvre continue de résonner comme la bande-son d’une époque, entre liberté retrouvée, fierté culturelle et ouverture sur le monde.
Lucien Kouaho (stagiaire)
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