Constant Mutamba, ancien ministre de la Justice derrière les barreaux à Kinshasa a adressé un message à l’artiste ivoirien Tiken Jah, relativement à sa chanson hommage « Mutamba ». Il l’invite à y retirer son nom.
C’est avec désolation que nous, moi et ma famille, avons pris connaissance d’une chanson à mon nom, composée par un artiste reggae-man ivoirien, Tiken Jah Fakoly. Depuis les murs épais de ma prison, là où l’on croit enterrer les voix libres… Toi qui brandissais hier l’héritage révolutionnaire comme un étendard. Toi qui dénonçais l’ordre injuste du monde. Aujourd’hui, je te regarde avec gravité. Si ton texte évoque mon nom, retire-le. Je ne suis pas un refrain. Je ne suis pas un décor militant pour scènes européennes. Je ne suis pas un produit d’exportation révolutionnaire. Je suis en prison, oui. Mais je ne suis pas récupérable.
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Tu parles d’élections comme d’une formule magique universelle. Tu parles de liberté d’expression sans jamais la replacer dans le contexte d’États agressés, infiltrés, déstabilisés depuis plus d’une décennie. Regarde le Sahel. Regarde les pays de l’AES qui affrontent le terrorisme pendant que d’autres donnent des leçons depuis des plateaux climatisés. Les présidents de l’Alliance des États du Sahel sont nos modèles. Ils sont nos guides dans cette bataille pour la souveraineté. Si tu leur tournes le dos, alors oublie mon nom dans tes lèvres.
Les mêmes puissances ont fermé les yeux sur la fragmentation du Congo. Les mêmes ont applaudi la destruction de la Libye. Les mêmes ont semé le chaos au Sahel sous prétexte de le sécuriser. Et pendant que nos peuples saignent, tu viens expliquer le modèle à suivre, entre deux tournées en Europe. Si tu n’es pas capable de dénoncer avec la même fermeté la politique du Président Alassane Ouattara dans ton propre pays, alors il serait incohérent de vouloir me glorifier ailleurs. La cohérence commence chez soi. La lutte n’est pas un spectacle. La souveraineté n’est pas un slogan. Je ne combats pas pour plaire. Je combats pour libérer.
Depuis ma cellule, je te le dis avec fermeté : la révolution n’est pas un costume de scène. Mon nom appartient à la résistance. Mon nom appartient aux peuples debout. Mon nom n’est pas à louer.
Constant Mutamba
NDLR : Le titre et l’introduction sont de la rédaction
























