Le 4 mars 1994, l’Afrique perdait l’un de ses plus grands créateurs de mode : Chris Seydou. Né au Mali, cet autodidacte talentueux a révolutionné la mode africaine en imposant une identité stylistique forte, mêlant tradition et modernité.
Dès l’âge de 13 ans, Seydou Nour Doumbia, de son vrai nom, se forme à la couture et nourrit un rêve ambitieux : faire rayonner la mode africaine sur la scène internationale. Il ouvre son premier atelier en 1967 à Ouagadougou avant de s’installer à Abidjan, où il rencontre un défi majeur : à cette époque, les femmes ivoiriennes privilégient encore les créations européennes.
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C’est grâce à ses robes structurées, aux volants plissés et aux coupes sophistiquées qu’il parvient à renverser cette tendance. Ses créations séduisent les grandes dames de la capitale, prouvant qu’il est possible de trouver en Afrique une mode aussi raffinée que celle des grandes maisons occidentales.
L’ascension d’un créateur de génie
En 1973, Chris Seydou s’envole pour Paris, où il devient le premier styliste africain à collaborer avec des maisons de renom comme Paco Rabanne et Yves Saint Laurent. Très vite, il s’impose comme une référence incontournable et gagne en notoriété auprès d’une clientèle exigeante, avide de nouvelles inspirations.
En 1981, il revient en Côte d’Ivoire et lance sa propre marque, Chris Seydou. Ses créations, vendues à des prix élevés (200 mille FCFA et plus), font sensation et créent un véritable engouement pour la mode locale. Son influence favorise l’émergence de jeunes créateurs, le développement d’agences de mannequins et la spécialisation de journalistes dans le domaine de la mode.
Mais son plus grand exploit reste son travail sur le wax, un tissu longtemps perçu comme traditionnel. Chris Seydou le modernise et l’introduit dans l’univers du prêt-à-porter et de la haute couture, inspirant toute une génération de stylistes africains.
Une fin tragique, un héritage immortel
Malgré son talent et son influence, Chris Seydou souffre de la prolifération de copies de ses créations, un fléau qui affecte durement son activité. En 1990, il retourne à Bamako avec une nouvelle ambition : créer un laboratoire de recherche textile et un centre de formation pour jeunes stylistes.
Atteint du SIDA, il s’éteint en 1994 à l’âge de 45 ans, laissant derrière lui un héritage inestimable. Son combat pour une mode africaine forte et autonome continue d’inspirer de nombreux créateurs à travers le continent.
Aujourd’hui encore, Chris Seydou reste une légende, un pionnier qui a su faire du textile africain un symbole de fierté et d’élégance à l’échelle mondiale.
Source : page Facebook Houphouët-Boigny Félix
Karina Fofana