En 1969, selon une publication sur Houphouët-Boigny Félix, la Côte d’Ivoire encore jeune indépendante est secouée par un événement sans précédent. Un hold-up spectaculaire vient d’être perpétré en plein cœur de la capitale économique, marquant à jamais l’histoire criminelle du pays.
Le samedi 4 janvier 1969, aux environs de midi, trois hommes armés font irruption dans l’agence de la Banque Internationale pour l’Afrique Occidentale (BIAO) située sur le boulevard de Marseille. Munis d’une mitraillette et de pistolets, précise Houphouët-Boigny Félix les braqueurs repartent avec un butin colossal : 50 millions de francs CFA, une somme faramineuse pour l’époque. Abidjan vient de vivre le premier grand braquage de son histoire.
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sont identifiés comme Marcel Pera, Jean-Charles Davico et André Lovici, tous de nationalité française. Associés dans une entreprise de ferronnerie dénommée SAFCOM, ils peinent à faire prospérer leur activité. Face à l’échec commercial, André Lovici propose une alternative criminelle : cambrioler la BIAO.
Pendant plusieurs jours, Lovici observe minutieusement l’agence bancaire depuis l’immeuble où réside sa maîtresse, Yvette Pichet. L’absence de dispositif policier visible autour de la banque achève de convaincre le trio qu’un braquage est possible.
Un plan minutieusement exécuté
Pour mener à bien l’opération, les trois hommes recrutent un quatrième complice, Louis Reveli. Le jour du hold-up, les rôles sont clairement répartis : Reveli tient la mitraillette, Marcel Pera reste au volant du véhicule pour assurer la fuite, tandis que André Lovici est chargé de récupérer les sacs d’argent.
Lorsque le directeur de l’agence tente de s’opposer au vol fait savoir Houphouët-Boigny Félix, Lovici ouvre le feu et le blesse à la cuisse. Les braqueurs prennent alors la fuite et transportent les 50 millions 500 mille francs CFA jusqu’aux locaux de la SAFCOM, où Jean-Charles Davico les attend. C’est lui qui creuse un trou dans l’atelier pour dissimuler le butin.
Une riposte policière rapide et efficace
Moins de 24 heures après le braquage, la police judiciaire ivoirienne, dirigée par le commissaire Baba Sylla, met la main sur l’un des co-auteurs et récupère une grande partie de l’argent chez un receleur. Dans la foulée, cinq autres complices sont interpellés : deux prostituées et trois gérants de bars, tous de nationalité française.
Les principaux cerveaux du gang, Marcel Pera et André Lovici, restent cependant introuvables pendant plusieurs semaines. À en croire Houphouët-Boigny Félix Marcel Pera, surnommé « le Toulonnais », est finalement arrêté le 13 février 1969 dans un appartement situé au 3, avenue Ouezzin Coulibaly, dans le quartier France-Amérique à Treichville.
Quant à André Lovici, surnommé « Dédé », il vit sous une fausse identité. Son véritable nom est Pilt Reinhold, alias « le Polonais ». Trois jours après le braquage, il quitte Abidjan pour Bouaké avant de revenir dans la capitale sous un déguisement aussi audacieux qu’insolite : cheveux coupés et teints en roux, vêtu d’un grand boubou blanc évoquant une soutane, chapelet à la main, se faisant passer pour un prêtre.
Sa cavale prend fin au début du mois de mars. Il est arrêté dans un bungalow du quartier Beau-Rivage, sur la route de Bassam, en compagnie de sa maîtresse Sophie.
De lourdes condamnations
À l’issue du procès, les quatre membres du gang sont condamnés chacun à 20 ans de prison, assortis de 10 ans d’interdiction de séjour et d’une amende de 2,5 millions de francs CFA. Les complices et receleurs écopent quant à eux de peines allant de 2 à 5 ans d’emprisonnement.
Plus d’un demi-siècle plus tard, le casse de la BIAO de 1969 demeure un épisode marquant de l’histoire judiciaire ivoirienne, symbole à la fois de l’audace criminelle de ses auteurs et de l’efficacité de la police nationale face à ce défi inédit.
Karina Fofana
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