Le Garba, plat emblématique de la Côte d’Ivoire composé d’attiéké et de thon frit, est né dans les années 1970 à Abidjan. Longtemps qualifié provenir d’une initiative de l’ancien ministre de la Production animale Dicoh Garba, Dr N’Guessan Kouamé Christophe, Maitre de Conférence, historien, spécialiste des questions économiques et sociales, Enseignant-Chercheur à l’Université Jean Lorougnon Guédé de Daloa affirme le contraire. Selon lui, l’appropriation de cette dénomination par le commerce de l’attiéké au poisson thon frit est venue du fait que le premier Haoussa, à l’origine de ce commerce en Côte d’Ivoire, portait ce nom.
À en croire Dr N’Guessan Kouamé Christophe, Enseignant-Chercheur à l’Université Jean Lorougnon Guédé de Daloa, le Garba est parti d’un simple nom de personne à un commerce lucratif. « A la faveur d’un colloque en Tunisie, avec pour thème : Commerce et commerçant à travers l’histoire. Je me suis dit que chez nous aussi il y a des commerçants qui ont fait l’histoire. J’ai donc baptisé mon travail : Le développement de trois mots haoussa, Garba, Soukouya et Aboki dans le commerce informel ivoirien. A l’époque, mes enquêtes étaient orales et bibliographiques. Il n’y avait pas beaucoup de travaux en termes d’écrits à part un mémoire que j’ai trouvé sur l’attiéké. », a-t-il confié à Allbuzzafrica.com .
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Pour lui, le Garba est un nom haoussa qui désigne un individu de sexe masculin. « C’est en fait le diminutif et la reformulation en haoussa du nom musulman : « Aboubacar ». Son appropriation par le commerce de l’attiéké au poisson thon frit est venue du fait que le premier Haoussa, à l’origine de ce commerce en Côte d’Ivoire, portait ce nom. », a-t-il déclaré.
En effet, selon le représentant du haut conseil des Nigériens de Côte d’Ivoire Alladji Djibo Abdou, précise Dr N’Guessan Kouamé Christophe, le commerce du garba a commencé à Abidjan, précisément dans la commune de Cocody entre 1975 et 1980. « Peut-être que par coïncidence le nom Dicoh Garba est sorti par la suite. Quand on croise les faits, rien n’est collé à Dicoh Garba. Dicoh Garba est-il capable de vous dire comment le Garba est né ? Plusieurs personnes à l’époque encore en vie ont vu comment l’Haoussa commençait. », a-t-il fait remarquer.
« Lorsque je rencontrais le Haut représentant des Nigériens vivant en Côte d’Ivoire, il a dit que quand leurs compatriotes viennent en Côte d’Ivoire, il leur demandait d’innover, de ne pas faire ce qui existe déjà. », a ajouté l’Enseignant-Chercheur.
Il fait savoir que lorsqu’il rencontrait le Haut représentant des Nigériens vivant en Côte d’Ivoire, celui-ci a dit que quand leurs compatriotes vienaient en Côte d’Ivoire, il leur demandait d’innover. « C’est ainsi qu’il est allé au port de pêche où le déchet de poisson thon jonchait, tellement que c’était beaucoup et il l’a acheté à un prix dérisoire pour venir essayer. Curieusement les gens ont apprécié et voilà comment le Garba est parti. », a-t-il démontré.
Dr N’Guessan rappelle que le Professeur Méïté Ben Soualiouo, l’actuel chef du département d’histoire à l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody qui a apprécié son travail est co-auteur. « Si vous lisez le document vous allez savoir si Dicoh a fait quelque chose pour le Garba en Côte d’Ivoire. C’est sur les réseaux sociaux qu’il y a beaucoup d’émotions. », a-t-il insisté.
Bini Kouamé, avec un peu plus de précisions, a-t-il dit, le situe autour de 1977 et le localise au quartier Sogefiha de la même commune. « Pour ce qui est de sa publicité, ce sont les étudiants résidant de la cité universitaire (Cité Rouge) et de l’Université d’Abidjan (actuelle Université Félix Houphouët-Boigny), toutes deux voisines du quartier Sogefiha, qui ont rendu ce nom célèbre. En effet, ces étudiants chaque fois qu’ils voulaient consommer de l’attiéké au poisson thon fait par cet Haoussa, disaient : « Allons chez Garba » ou simplement : ‘’Allons au garba » », a-t-il détaillé.
« C’est ainsi que le nom a fini par s’imposer aux populations de cette commune et au reste de la ville d’Abidjan, voire à la Côte d’Ivoire entière des années plus tard. », a-t-il élucidé.
« Où est-ce que Dicoh Garba le connaissait ? A-t-il instruit quelqu’un à aller faire ce Garba qu’on connaissait et jusqu’ aujourd’hui ? Quel lien a-t-il avec le premier haoussa qui a monté ce business ? Ils se connaissent où ? Ce n’est pas vrai ce que les gens racontent. Selon moi, c’est une simple coïncidence de nom et de moment. », a-t-il démontré.
Quant à Dicoh Garba, docteur vétérinaire spécialisé dans la pêche, ancien ministre de la production animale de janvier 1970 à novembre 1983, il revendique la maternité du Garba. À l’en croire, il n’y a pas de poisson qui s’appelle Garba.
« Ce sont les déchets de thon qu’on appelait ainsi. Je ne savais pas que ça allait prendre une telle envergure. Ce sont ces déchets de thon qu’ils traitent pour vendre dans les marchés. Comme ça n’avait pas de nom, on l’a nommé Garba. Je m’appelais Dicoh Garba. J’étais le seul africain dans le domaine de la pêche. J’étais le seul responsable de ce secteur. », fait-il observer.
Il souligne qu’on ne pouvait pas vendre le thon en Côte d’Ivoire à cette époque. « Donc on me dit : Dicoh, il y a des déchets de thon, le gens viennent et je ne sais pas ce qu’il faut en faire. Je lui demandais de leur donner. », a rappelé l’ancien ministre.
Il a déclaré qu’au port de pêche, il y avait beaucoup plus d’étrangers que de nationaux à cette époque. Selon lui, il y avait des Burkinabè, des Nigériens, des Togolais, des Dahoméens, des Maliens.
« Quand le bateau arrive, il y avait une vente en gros et on vendait aux enchères. Les fumeuses de poissons et les étrangers en venaient acheter. Ceux qui ne pouvaient pas acheter là allaitent à la SOGIP pour acheter le déchet de thon. Je ne savais pas que ça allait être comme ça. J’ai vu le poisson Garba sur internet et les gens m’appelaient de partout. », a conclu Garba.
Karina Fofana
























